On répond souvent que le compost sert à recycler ses déchets de cuisine. C’est vrai, mais c’est la moitié de l’histoire. Son rôle principal se joue dans le sol, et il n’a pas grand-chose à voir avec celui d’un engrais.
Un amendement, pas un engrais
Un engrais apporte des éléments nutritifs immédiatement disponibles pour les plantes. Le compost, lui, agit d’abord sur la structure de la terre. Il est relativement pauvre en azote, phosphore et potasse comparé à un produit du commerce, mais il apporte de l’humus, cette matière organique stable qui change durablement le comportement d’un sol.
La différence est facile à voir. Une fertilisation classique donne un coup de fouet sur quelques semaines. Un apport de compost se ressent sur trois ans, et ses effets s’additionnent année après année.
Le compostage domestique n’a rien d’une technique réservée aux initiés : c’est un processus naturel que l’on se contente d’accompagner. La décomposition se ferait de toute façon sur place, simplement plus lentement et de manière moins régulière. Un bon compostage consiste surtout à réunir trois conditions, de l’air, une humidité modérée et un mélange équilibré, puis à laisser faire.
Ce que le compost change dans le sol
Sur une terre lourde et argileuse, il aère, décompacte et facilite le travail des racines. Sur un sol sableux qui ne retient rien, il fait l’inverse : il augmente la capacité de rétention en eau, parfois de manière spectaculaire. Le même produit corrige donc deux défauts opposés, ce qui explique sa réputation.
Il nourrit aussi la vie du sol. Les micro-organismes, vers et champignons qu’il contient et qu’il alimente transforment progressivement les matières organiques en nutriments assimilables. C’est cette vie, plus que le compost lui-même, qui nourrit les plantes.
Enfin, il libère lentement des éléments minéraux et améliore la capacité de la terre à les retenir au lieu de les laisser filer avec les pluies.
Ce qu’il change dans votre poubelle
Un foyer moyen sort environ un tiers de déchets organiques dans ses ordures ménagères : épluchures, restes de fruits et légumes, marc de café, essuie-tout. Détourner ces matières vers un composteur allège la poubelle d’autant, et évite une incinération absurde de déchets composés à 80 % d’eau.
Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est d’ailleurs obligatoire pour tous en France. Chaque collectivité doit proposer une solution, composteur individuel, site partagé ou collecte séparée. Composter chez soi reste la façon la plus simple et la moins coûteuse de s’y conformer quand on dispose d’un jardin.
Comment utiliser le compost au jardin
En surface, c’est la règle de base. Le compost mûr s’étale en couche de 2 à 4 cm et se griffe légèrement, sans être enfoui en profondeur : les micro-organismes qui le font travailler ont besoin d’oxygène.
Pour le potager, comptez 3 à 5 litres par mètre carré et par an, à l’automne ou deux à trois semaines avant les plantations de printemps.
Pour un arbre ou un arbuste, épandez sur la zone couverte par le feuillage, jamais contre le tronc.
Pour les semis et les jeunes plants, tamisez et mélangez à un tiers au maximum avec de la terre. Du compost pur en godet est trop riche et trop salé pour de jeunes racines.
Sur gazon, un compost tamisé passé au balai en fin d’hiver vaut mieux que bien des fertilisants.
Compost mûr ou demi-mûr
Le compost mûr est sombre, friable, il sent le sous-bois et l’on n’y reconnaît plus rien. Il convient à tous les usages, y compris les plantes en pot.
Le compost demi-mûr, plus grossier, garde des morceaux identifiables. Il n’est pas perdu : utilisé en paillage sur des zones plantées de légumes gourmands, il finit sa décomposition sur place. Évitez-le simplement au contact direct des racines fragiles.
Ce que l’on peut mettre, et ce qu’il vaut mieux éviter
Les épluchures, les restes de fruits et légumes, le marc de café, les coquilles d’œufs écrasées, les fleurs fanées, la tonte en petite quantité et les feuilles mortes forment la base.
Les déchets de cuisine humides doivent être équilibrés par des matières sèches et carbonées, carton brun, feuilles, brindilles. Sans ce complément, le tas devient compact et malodorant.
Évitez la viande et le poisson, qui attirent les nuisibles, les plantes malades, les liserons en graines et les litières d’animaux carnivores.
Bac, composteur ou tas libre
Le bac fermé convient aux petits jardins et tient plus chaud, ce qui accélère le processus. Le tas libre, en fond de terrain, demande plus de place mais se brasse plus facilement et accepte de gros volumes. En appartement, le lombricomposteur traite les déchets de cuisine d’un foyer sans odeurs quand l’humidité est bien gérée.
Dans tous les cas, deux réflexes font 90 % du résultat : alterner matières humides et matières sèches, et remuer de temps en temps. Comptez six à douze mois pour obtenir un compost utilisable, moins si vous brassez régulièrement.
